COVID-19 : NOTE DE CONJONCTURE

Avec la crise de Coronavirus d’ampleur et de nature inédite, le commerce mondial pourrait chuter entre 13% et 32% en 2020, selon les dernières estimations de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

Cette paralysie mondiale altère parallèlement la dynamique de demande et de production. Un rebond rapide du commerce est imprévisible en 2021, l’économie ne retrouverait son niveau atteint fin 2019 qu’au quatrième trimestre 2021.

La perte d’activité est évaluée à plus d’un tiers du PIB (–36%). Dans les branches principalement marchandes (qui représentent 78% du PIB), la perte d’activité est estimée à –42%, avec de forts contrastes : certains services sont quasiment à l’arrêt (hébergement et restauration) tout comme certaines branches industrielles ; à l’inverse les industries agro alimentaires, pour ne citer qu’elles, fonctionnent à un niveau relativement proche de la normale. La consommation des ménages subit quant à elle également une perte de l’ordre d’un tiers (–35%). Sur le champ marchand, la chute de la consommation des ménages est d’ampleur a priori un peu inférieure à celle de l’activité économique, du fait d’un probable fort mouvement de déstockage.*

 

Un séisme financier qui se traduit sur 3 axes d’action chez les entreprises :

1. Nature de la crise sanitaire COVID-19

Dans un contexte géo-politique, la propagation du virus fournit des informations utiles pour cadrer l’exercice et sonder l’horizon de sortie de crise. La pandémie a maintenant une envergure plus marquante dans le reste du monde développé que dans son foyer d’origine, la Chine, où la progression de virus est stoppée.

À partir du moment où le seuil des 100 cas est atteint par pays, les courbes montrent que les pays développés sont plus ou moins logés à la même enseigne. La France, l’Allemagne et plus encore l’Espagne, suivent la trajectoire italienne avec presque 10 jours de décalage.

La plupart des pays du monde mettent en place de manière quasi-simultanée des restrictions de mobilité, qui bloquent l’offre et la demande au plan mondial.

 

2. Impact de la crise sanitaire/économique sur les entreprises

La fort déclin d’activité fragilise les entreprises à travers ces deux canaux bilatéraux* :

OFFRE

  • La dégradation brutale des marges et de la trésorerie des entreprises. La capacité à absorber cette crise dépendra de la facilité d’accès aux lignes de crédit et du degré de sélectivité des banques à l’égard des entreprises les plus touchées,
  • Le chute d’activité de certains secteurs largement impactés par les mesures de limitation de mobilité : les transports, le tourisme, l’hôtellerie-restauration, et toutes les industries culturelles, événementielles, etc.,
  • Les phénomènes de pénurie de main-d’œuvre liés au confinement de la force de travail, où le télétravail n’est pas faisable,
  • La risque de blocage ou de dérèglement de quelques chaînes d’approvisionnement : la construction, les biens d’équipement, etc.

DEMANDE

  • La forte dégradation du compte d’exploitation des entreprises devrait s’accompagner d’une réflexion de gel des dépenses d’investissements et d’embauches, par des mesures de chômage partiel et l’ajournement de certaines dépenses de fonctionnement,
  • La fermeture des circuits de distribution spécialisés et la limitation de déplacement empêchent de dépenser toute une série de postes qui représente à peu près 45% des dépenses réductibles : transport, loisirs et culture, hôtels et restaurants, soins, etc.,
  • Les suppressions d’emplois dans les secteurs de services les plus exposés aux mesures de restriction de la mobilité et du rassemblement des personnes,
  • La paralysie relative des revenus salariaux et non salariaux (malgré le chômage partiel qui touche déjà 2,2 millions de salariés, soit 9% des personnes, avec un risque de décote de 16% du revenu net, si elle n’est pas compensée par l’entreprise), crée une épargne forcée considérable,
  • Le ralentissement du commerce mondial va impacter fortement les entreprises exportatrices ou groupes multi-localisés (industrie, grande distribution, etc.).

Une récession particulièrement brutale interroge inévitablement sur la résilience du secteur financier. La forte baisse des bourses fragilise notamment les intermédiaires financiers qui portent ce risque directement, en compte propre. L’industrie du capital investissement est ainsi très exposée à court terme, même si la chute des prix d’actifs recrée des opportunités d’investissement à terme. Les banques ne sont que très indirectement impactées. Les fonds de gestion dont elles sont actionnaires ne gérant ce risque que pour le compte de clients.

3. Typologie sectorielle de l’économie vis-à-vis du Coronavirus COVID-19

La crise, à court terme, par effet de diffusion, impacte presque l’intégralité de la sphère marchande. Les conséquences en terme de croissance seront extrêmement différenciées d’un secteur à l’autre. Les services (commerce spécialisé, tourisme, hôtellerie, restauration, transport, secteurs récréatifs, etc.) sont à l’épicentre du décrochage de l’activité. Certains de ces secteurs ont de surcroît pour spécificité que les pertes d’activité sont difficilement récupérables à court terme, par report des achats.

Quant aux secteurs industriels entraînés dans le dévissage de l’économie, beaucoup seront confrontés aux limites de leurs capacités pour effacer le chiffre d’affaires perdu et au risque d’extension de la crise au plan mondial.

L’hypothèse d’un confinement de 55 jours (du 17 mars au 11 mai) implique que, sur une année qui compte 253 jours ouvrés et 304 jours ouvrables, 36 jours ouvrés et 48 jours ouvrables sont potentiellement perdus dans les secteurs à l’arrêt.

L’arrêt complet d’activité, durant le confinement, entraîne potentiellement une perte de production de l’ordre de 12,5% sur l’année, à supposer que leur chiffre d’affaires revienne immédiatement à ses niveaux d’avant crise par la suite.

Les services, qui sont en première ligne de la crise économique, mis à l’arrêt par les mesures de confinement, auxquels s’ajoutent les industries les plus exposées au ralentissement de la demande globale et pratiquement à l’arrêt (automobile, biens d’équipement, construction, etc.), c’est environ 30% du PIB qui est exposé à un risque d’effondrement de l’activité en mars et avril, et de baisse d’activité à deux chiffres en 2020.

La forte baisse de la demande liée à la fermeture des circuits de distribution et aux comportements de précaution des ménages et des entreprises (services aux entreprises, industries BtoB ou BtoC (hors IAA et pharmacie), distribution de l’eau et de l’énergie, etc.), plus de 20% de la valeur ajoutée devrait être entraînée dans un mouvement profond de ralentissement.

Les secteurs qui s’adressent à des besoins structurels incompressibles (administration, santé, éducation, agriculture, etc.) ou ceux qui bénéficient d’effets particuliers (pharmacie, télécoms, etc.) représentent près de la moitié de l’économie et garantissent une certaine résilience et stabilité à moyen terme de l’économie.

Tous les circuits de distributions spécialisés ne sont pas complètement inactifs, compte tenu de la dématérialisation de certains flux (culture, jeu, etc.) et du circuit de la vente en ligne dans le commerce de détail. Les circuits autorisés et ouverts représentent aujourd’hui 45% du chiffre d’affaires du commerce (hors commerce de gros).

L’analyse et le chiffrage ci-dessous de l’évolution de l’activité dans les grands secteurs de l’économie française selon trois catégories :

  • les secteurs en première ligne
  • les secteurs suiveurs
  • les secteurs résiliants

Pour plus d’informations, visitez le site internet du Xerfi.

 

 

 

 

 

 

En considérant que la crise est centrée sur les services, une partie des dépenses perdues n’est pas récupérable, sauf les effets de rush à la sortie du confinement. La montée des dettes bancaires, l’allongement des délais de paiement pour les PME, la dégradation inévitable de la trésorerie des entreprises et des comptes publiques invitent également à la prudence sur le potentiel de récupération rapide et sans séquelles de l’économie à moyen terme.

 

*Sources :